Cet ouvrage n'est évidemment pas de ceux propres à vous
mettre du baume au cœur pour la journée. Il est nécessaire de l'intercaler
entre d'autres qui aborderont des sujets plus légers si l'on ne veut pas
assombrir définitivement son humeur.
Prenons garde aussi de ne pas non plus raviver la polémique du pour ou contre
la peine de mort pour l'évoquer sur un site comme Babelio, mais abordons-le
sous l'angle de la force suggestive de l'auteur et de sa capacité à insuffler à
son lecteur l'état d'esprit d'un malheureux promis à la mort à brève échéance.
Victor Hugo est au début de son immense carrière littéraire – il a vingt-six
ans - lorsqu'il ressent le besoin d'écrire sur ce thème douloureux. Il faut
saluer là le courage de celui qui n'est pas encore l'auteur populaire qu'il
deviendra de son vivant pour prendre une telle position, alors que la
guillotine donne régulièrement le triste spectacle que l'on sait en place de
grève.
On ne ressort pas indemne d'une telle lecture. Mais quand même dubitatif quant
au procédé utilisé par l'écrivain sublime pour frapper les esprits. Avouons que
c'est réussi. Il se refuse à aborder le motif qui a conduit le condamné dans
les instants ultimes et programmés de sa vie, mais veut rester au niveau du
principe qui autoriserait des hommes à disposer de la vie d'un de leur
semblable. On demeure sur cette impression que c'est bien le décompte final
plutôt que la mort en elle-même qui est fustigé, car finalement tout homme est
promis à la mort.
Il y a en arrière-plan une forme de culpabilisation du lecteur dans la démarche
de l'auteur. La culpabilité d'appartenir à une société qui autorise la peine de
mort et de ne pas s'élever contre cette pratique barbare.
Mais le maître, aussi grand soit-il, a aussi sa forme de lâcheté. Il ne va pas au bout de sa démarche. Certes nul n'a le droit de prendre la vie d'autrui, fut-ce dans un cadre légal et collectif, mais que faut-il faire de ceux qui auront outrepassé ce principe en se rendant coupable d'assassinat ? Ne met-il lui-même pas dans la bouche de son condamné anonyme : plutôt la mort que le bagne. Alors quoi ?
Il n'en reste pas moins que la force de notre géant de la littérature atteint
son objectif. Un tel ouvrage vous fait froid dans le dos et vous confirme dans
le fait qu'être lecteur du XXIème siècle, alors que la peine de mort est
abolie, est une situation plus confortable.